Initiation technique

Des outils créatifs intégrés encore assez peu utilisés par les jeunes

 

PC, tablettes, smartphones, la très grande majorité des enfants et des jeunes dispose aujourd'hui de matériel numérique permettant de réaliser des images filmées ou animées, de faire des montages, des trucages et de les diffuser.

 

Pourtant, parmi les enfants de moins de 12 ans ayant participé à nos ateliers rares furent ceux ayant déjà utilisé un caméscope, ayant déjà monté un film, ayant acquis un peu de vocabulaire technique, ayant compris la notion de plan et de montage.

 

Pour les jeunes de 12 ans et plus, le constat est presque semblable, mais beaucoup avaient déjà fait des prises de vues en vidéo, principalement avec un smartphone. La notion de montage est aussi plus souvent acquise chez les plus de 12 ans, mais moins d'un quart d'entre eux avait déjà monté seul ou collectivement une vidéo.

 

Par ailleurs, que ce soit les enfants ou les adolescents, seul environ 1 sur 10 avaient déjà effectué des prises de vues et/ou du montage dans le cadre d'un projet collectif de réalisation, en temps scolaire ou en temps libre.

 

Il s'agit de constats issus de notre expérience en atelier, avec donc essentiellement des enfants et des jeunes du Loir-et-Cher, soit en moyenne une centaine par an. Nous ne pouvons pas en tirer des généralités au niveau national. En matière d'éducation aux médias, des disparités de performances existent probablement entre les territoires, notamment entre milieu urbain et milieu rural. 

 

 

Acquérir le plus tôt possible les bases fondamentales de la réalisation

 

Apprendre les techniques de prises de vues n'est donc en rien une activité dépassée. Certes, on peut aussi être créatif et être capable de faire un superbe travelling d'accompagnement, sans pour autant connaître le terme habituel pour désigner ce type de mouvement de caméra ! Mais connaître les techniques et leur nom offrent l'avantage de pouvoir partager ensuite un vocabulaire commun, de pouvoir mieux participer à des activités d'analyse, de pouvoir mieux se faire comprendre dans la préparation et le déroulement de projets de réalisation collectifs. 

Le manque de connaissances techniques des jeunes devrait toutefois se résorber progressivement. La possession quasi généralisée de smartphones chez les plus de 12 ans étant un phénomène relativement récent, les caméras intégrées de ces appareils pourraient leur permettre d'acquérir de plus en plus tôt des notions et agilités techniques et créatives, mais aussi du vocabulaire.

 

Cet apprentissage autodidacte s'effectuera par la pratique individuelle et collective, par des échanges critiques spontanés sur les vidéos réalisées "il est trop long ce plan là... pas mal la contre plongée... le raccord est complètement raté, etc." et par le visionnage de vidéos sur le web, notamment des tutoriaux.

 

Aussi, les activités encadrées de réalisation se développeront probablement ces prochaines années, en temps scolaire (pour les lycées) comme en temps libre et, dans ces deux contextes, il sera sans doute de plus en plus demandé aux jeunes d'utiliser leur smartphone.

 

Mais pour l'instant, sur un plan pratique, les smartphones ne peuvent pas complètement se substituer à un caméscope de base, surtout dans le cadre d'un atelier vidéo. La majorité des smartphones n'offrent pas encore une stabilité d'image correcte, une connexion simplifiée pour l'importation des vidéos vers un PC et surtout, à part quelques rares et très coûteux modèles, ils ne permettent pas de réaliser en tourné-monté.

 

En temps libre, les activités de réalisation audiovisuelle vont donc sans doute se développer, mais tout en restant une activité très marginale par rapport à la pratique d'activités créatives et d'expression beaucoup plus ancrées, courantes et encouragées en France : la musique, le théâtre, le danse, les arts plastiques.  Un grand paradoxe pour l'un des pays les plus avancés dans le domaine de la création audiovisuelle, du cinéma, de la télévision et du web !

 

L'éducation aux médias audiovisuels représente pourtant de très importants enjeux : apprentissages à la citoyenneté, au journalisme, aux pratiques artistiques, mais aussi déclencheur potentiel d'une orientation professionnelle. Ce domaine serait-il réservé à quelques chanceux et privilégiés ? Notre société a pris un retard considérable en éducation aux médias.  A quand un réveil, un sursaut, notamment des MJC vieillissantes, des grands mouvements historiques de l'éducation populaire, des collectivités et de l'Etat ? 

 

Notre méthode d'initiation technique à la prise de vues

 

Le caméscope doit être de préférence sur un trépied et relié à un grand écran de TV ou un vidéoprojecteur pour que l'ensemble des participants puisse voir les images réalisées et bien comprendre les techniques transmises. L'idéal est de disposer de plusieurs caméscopes et d'autant d'écrans. 

 

Si vous disposez d'une table de mixage vidéo (switcheur) avec au moins 4 pistes, vous pouvez ainsi brancher jusqu'à 4 caméscopes et diffuser leur image à partir d'un seul grand écran, de préférence en vidéoprojection. C'est un dispositif plus complexe nécessitant au moins 30 minutes d'installation et une salle adaptée : un espace libre (donc sans table ni chaise) d'au moins 15 m2, des rideaux ou volets aux fenêtres pour obtenir au moins une semi-obscurité. 

 

L'initiation technique devient alors ludique, vivante, motivante. On se déplace, on manipule le matériel, on cadre, on regarde, les participants s'entraident et une fois comprises, annoncent eux-même les techniques qui doivent être effectuées « bon maintenant un panoramique horizontal » et nul besoin d'animer ce temps de façon trop directe et trop formelle. 

Etre filmé et voir son image sur un grand écran en vidéoprojection, en direct et en différé, représente souvent une expérience inédite pour les participants, jeunes et moins jeunes. Cette activité amusante est généralement appréciée mais peut parfois être gênante pour certains, surtout chez les ados. Une gène qu'il faut essayer si possible de surmonter. Bien entendu, chacun doit rester libre d'être filmé ou non. 

 

C'est également l'occasion d'expérimenter les trucages « Mélies » d'apparition et de disparition, mais aussi de bien saisir la notion de champ/hors-champ, de comprendre le principe du film d'animation et de pixilation, d'apprendre à bien maîtriser le zoom, notamment pour écraser la perspective et s'amuser à créer des perspectives forcées, etc.